Eusebiu Camilar - Prose

   
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LES TALENTS

Je suis parti avec les talents que les gens de ma vallée natale m’avaient donnés. A une certaine époque, je les avais oubliés. Appauvri, leur don le plus précieux, le parler, avait perdu son éclat. Je me demandais souvent pourquoi mes phrases étaient felées, pourquoi se répétaient-elles d’une ligne a l’autre. Je suis revenu dans ma vallée natale, pour y chercher les traces des maîtres d’autrefois...

(Coeurs chauds, 1956)


LE POMMIER

„Quand j’étais enfant, j’aimais grimper au sommet du pommier et chanter, surtout vers l’heure du coucher du soleil, lorsque derriere les ombres des forets on distinguait au loin les ombres des montagnes. En me voyant descendu du pommier, ma mere comparait ma voix a une clochette."

(Le Livre des Sobriquets, 1957)


LES AUDACES

„Chaque homme a dans sa vie au moins une audace. J’en ai eu trois.[...]La premiere est liée a la riviere de mon enfance, qui m’attirait comme par enchantement toutes les fois qu’elle descendait en crue des cités sombres des monts. Je me souviens d’etre monté au sommet du pommier pour la voir par-dessus les toits du village et les champs. On entendait le bruit des rivages s’écroulant. On voyait toute la prairie inondée. Il y avait des tragédies jamais consignées. Qui se rappelle du tout petit village emporté par le torrent, une nuit?[...]Qui se rappelle encore des vieux temps ou notre riviere a apporté un nourrisson dans un berceau? Et du temps ou le bétail de Lisaura a été emporté par les eaux?[...]Au sommet du pommier, je regardais. La prairie état sous les eaux. Les torrents ressemblaient a des millions de buffles noirs en passant sous la lumiere trouble du crépuscule.”

(Coeurs chauds, 1956 )