Elisabeta Isanos - Poésies

   
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  • ELISABETA ISANOS: POÉSIES

  • -"La merveille"
  • -"La colere des fragiles"
  • -"Les briques de l'enfance"
  • -"Il y a des danses"
  • -"Paroles"
  • -"L'espace de la vie"
  • -"Fleur de pommier"
  • -"Génération"
  • -"Directions"
  • -"La lumiere de Câmpulung"
  • -"Gomorrhe"
  • -"La carcasse"
  • -"Le clan"
  • -"La sainte joie de l'hiver"
  • -"Les vignobles brulés"
  • -"On s'endort en homme libre"
  • -"Parler"
  • -"Sang dénatté"
  • -"Le regard"
  • -"Iris"




    LA MERVEIILE

    Ma merveille, il n’y a plus de noble chair pour toi,
    d’autres sont ceux que le marbre bâillonne,
    mais sais-tu combien douce est dans la bouche la sciure?
    Si tu la mâches assez, c’est pure merde d’abeille!

    Tous les corps somptueux sont pris par les autres,
    au parfum d’autrefois,
    cest la paille qui reste, moisie dans le matelas,
    pour l’entendre frémir, je mets sur toi l’oreille:

    lle murmure, c’est qu’elle a poussé dans la mer,
    voila, tu es remplie d’une légere substance,
    tandis que dans leurs corps le bronze pese lourdement,
    et on voit, remplies de pierre,
    leurs bouches se crispant.

    Bouffis, enflés, grandis, levés,
    un jour ou l’autre on les verra en éruption de leurs formes...
    Ma merveille, si la pierre te manque, ne pleure pas,
    je te baise, tu seras embaumée pour toujours
    et tu vas durer plus que ces fantoches énormes.




    LA COLERE DES FRAGILES

    Ils parlent tous une langue clair de lune
    et ils se vengent en mourant trop tôt,
    leurs larmes éparses nous transpercent les coeurs,
    leur mort multiple est une série de gifles...
    C’est tout ce qu’il leur faut, rien de plus:
    leurs cils – des fleches, leurs larmes sont des pierres,
    et leurs pâleurs font mal: des badelaires,
    leur mort précoce – notre châtiment.
    Ils sont toujours plus jeunes, préservés
    par l’autrefois des monts, en plein nord...
    Comment les joindre sans gravir d’abord
    les pentes irréelles de l’air pur,
    toujours plus fort, toujours plus innocent?
    On sent le résistance des barrieres
    dans les limites memes de la chair...
    De toute façon, eux, en avant toujours,
    ils savent la suite des phrases que l’on dit,
    et si on pleure, ils neigent aux larmes vieillies,
    en tout ce qu’ils font, ils nous dévancent toujours,
    et ils désertent nos paroles fanées,
    vers le midi multiple des étoiles,
    se dégageant de l’histoire des jours.




    LES BRIQUES DE L’ENFANCE

    La géographie se dissolvait au loin;
    Tout me semblait parfaitement vrai.
    Parfums de pétrole et d’huile de morue,
    Ma collegue, Marie, on l’appelait Mia.

    Les orphelines sur les derniers bancs...
    Pourquoi? Aucune n’était plus grande que le reste.
    Pourquoi une autre s’appelait Vénéra?
    Matieres froides. Questions. Je n’y réponds pas.

    Ou peut-etre il n’y a aucune réponse.
    Rien en arriere, tout devant.
    Un signe du coude, un murmure au mauvais moment
    Et des caroubes sauvages pendant la pause.

    Les murs gris aux traînées d’oxides,
    Un amas de briques dans la cour.
    Le souvenir allait naître plus tard,

    J’étais ce que je voyais autour:
    Drap, flacon, chien, abat-jour...
    Je changeais de corps en tournant le regard.




    IL Y A DES DANSES

    Il y a des danses sur les pointes des pieds,
    des danses piquantes, d’autres – pieds nus,
    bien plantées, flexibles dans la brise,
    et d’autres qui fleurissent par suprise.

    Il y a aussi la danse des os qui tremblent,
    des danses volantes dont les pas respirent,
    et sur les eaux sérieuses, le bercement
    au rythme des ondes, des immobiles navires.

    On danse sur l’eau, on danse sur la terre,
    entre les corps, les ponts des bras unis,
    mes pieds hésitent sur la mélodie:
    serait-ce un rytme d’amour? un rythme de guerre?




    PAROLES

    Je dis l’été et c’est l’automne, je dis ça brule et il fait froid,
    l’aurore que je prononce descend vers le coucher,
    je dis le jour et c’est la nuit, je dis le plein et c’est rien,
    je vois la cendre quand je dis le foyer.

    Je prononce la rosée et elle me brule le doigt,
    il serait beaucoup mieux de me taire:
    la paix que je dis c’est la guerre que je vois,
    la sécheresse sort du nom de la riviere.

    L’obscurité se remplit des noms des étoiles,
    mais les lumieres ne les suivent pas,
    je n’ai que les sons que je murmure toujours...

    Et pourtant il y a encore a gagner:
    le dégel arrive apres le froid prononcé,
    on dit: voila la fin, et c’est le premier jour.




    L’ESPACE DE LA VIE

    Par les tours habitée a loyer, ma vie est un cirque
    destiné aux jeux des autres.
    Tandis que les livres grossissent
    grâce a la poussiere zélée,
    la bouche tout pleine de paroles,
    je ne peux faire comme les oiseaux mon nid,
    ni m’habiller comme le lys.
    Ma vie, je la voie chez les autres,
    c’est la qu’il m’arrive toute chose,
    mon coeur bat aux portes,
    bien qu’il soit apparenté aux étoiles de mer.
    Défleurées par la vue du mal, les fleurs
    de l’esprit sont meurtries par les bottes.
    Quelqu’un a niché dans mes jours.
    De ma vie, la foret a fait son enclos,
    elle y reste dans son crottin,
    en ruminant la lumiere.
    Je me suis glissée, sous la peine de mort,
    en marge des herbes.
    Car je ne ris plus, ni je ne pleure,
    d’autres le font a ma place,
    je ne crie non plus, tous les cris
    sont déja poussés.
    Ni meme mes pensées a moi ne m’appartiennent,
    la lumiere est une araignée
    plantée dans ma poitrine,
    ce que je pense et les reves de tout le monde
    se confondent, meme les morts innoculent
    en moi leurs paroles et m’obligent
    a finir leurs phrases interrompues.
    Ou me mettre a l’abri?
    Il y a les remparts de l’ombre,
    des chambres sombres, des sous-sols profonds
    ou je peux penser de mes propres pensées,
    dans une vive fraîcheur.
    Je m’arrache de la toile de l’araignée solaire
    et je cherche la liberté
    sur les levres de la nuit,
    au pied de l’angle aigu
    dont la pointe perce doucement une étoile.
    Mon temps cherche sa saison.
    Je me rends marginale sans regrets.




    FLEUR DE POMMIER

    Tu en aurais toujours la suprématie,
    meme s’il n’y avait au monde
    aucune chaîne,
    dans l’air brulé des mutineries
    qui nourrissent les buchers,
    tout en haut,
    sous la voute,
    tu restes la reine.

    Aucune
    révolte ne peut t’abolir,
    fleur de pommier,
    rose dauphine,
    aucun tribunal
    ne peut t’appauvrir,
    tu as toujours
    ta couronne byzantine.




    GÉNÉRATION

    Cette faveur supreme a nous s’adresse:
    beaucoup plus heureux que dans les contes,
    on va mourir jusqu’a l’extreme jeunesse,
    jusqu’a l’enfance la plus profonde.

    On sera gaulés comme les noix,
    on va s’alléger lorsque vient la saison,
    et la vie va se perdre comme une croix
    qui disparaît dans l’eau comme la neige qui fond.

    Si nous avons de la chance, un jour
    on pourra pénétrer beaucoup plus avant,
    jusqu’aux tout premiers éléments,
    la terre, l’eau, le feu et l’amour.

    On peut atteindre meme la premiere nuit,
    l’unique moment ou la vie est donnée,
    et Notre Pere d’un ton brusque nous dit:
    Soyez une fois comme si c’était jamais!




    DIRECTIONS

    Les larmes pleurées retournent dans les canaux,
    les vers s’enfoncent dans la chair des fruits,
    sous les navires s’affaisse la mer faiblie,
    le sol humide se tasse sous les fardeaux.

    L’appel des profondeurs se fait sentir
    avec la fin de la suite des contes,
    comme un monceau de pieces d’argent qui tombent
    et le dessous se laisse découvrir.

    La profondeur a pris la place des cimes,
    dans le miroir de l’eau qui les refletent,
    les arbres se réjouissent de la ruine,
    la chute des feuilles est une couronne qui monte.

    La terre accouche des monts, la mer des ondes,
    les papillons des vers étendent leurs ailes,
    les lys se levent et poussent des oignons,

    et tout-a-coup, en oubliant sa fin,
    le conte banalisé se renouvelle.




    LA LUMIERE DE CÂMPULUNG

    Une lumiere qui semble jamais vue:
    une feuille a soif, sur l’autre – la rosée...
    En deux parties le monde se divise,
    raide comme la pente des rochers.

    Et nous, illusionnés, on avait cru
    a un pardon plus large que la mer,
    a la douceur qui pourrait tout couvrir...
    Mais le soleil ne va pas de travers.

    Ce qui est mort est séparé du sain,
    comme si c’était au Jugement dernier,
    fendue je suis, par la frontiere du jour,
    en deux, en commençant par le chevet:

    l’oeil droit gelé et l’oeil gauche pleurant,
    un sein fané et l’autre sein en fleur,
    un bras inerte et l’autre travailleur,
    un côté pâle, l’autre côté vivant...

    Entiere, Dieu, je le serai jamais?
    Car je n’ai pas péché entierement,
    ni toute sainte je n’ai jamais été!




    GOMORRHE

    Si c’est la fin du monde, ça n’en a pas l’air,
    des volées de papillons surgissent le soir
    vers les lampes allumées, les abeilles
    suffoquent les fleurs sucrées,
    les marchés regorgent,
    les salades sont belles a craquer... Le soir, tout
    est jeté a la poubelle, au désespoir des marchands.
    La réalité a dépassé les fantaisies:
    l’horreur est douce. Plus que jamais,
    la splendeur a jailli. Que seuls les jeunes partent,
    moi, les portiers m’arretent: „Ou allez-vous?”
    Et je ne sais pas dire ou je vais. Ne pense pas
    a emporter quelque chose, tout est empoisonné.
    Prends seulement un fil a coudre, l’aiguille
    le suivra, en tirant apres elle la femme,
    et ensuite un monde entier cousu dans un chiffon.
    Mais emporte tous les mots! Ils sont pleins
    de contes! Chapeliers, perruquiers,
    vieilles carosses et leurs rosses,
    cordonniers pieds nus
    et tailleurs en haillons... Vague apres vague,
    des techniques éphémeres.
    Je voudrais etre pres de toi
    lorsque tu va réinventer les choses
    gauchement, comme Dieu au début,
    quand il expérimentait des variantes de papillons,
    et par pitié, car elles étaient belles,
    il leur a permis a toutes d’exister.




    LA CARCASSE

    Comme si j’étais sans mains, mais toujours noir sur blanc,
    je corrige en moi-meme ce que j’avais écrit,
    immobile en dehors, bouleversée en dedans,
    prisonniere du soleil d’un ancien midi.

    Ne me réveillez pas, les poemes se déchirent,
    il y a des syncopes, des blocages d’arteres,
    la vigueur des fluides tiedes s’altere,
    le caillot du vers n’arrive plus a se dire.

    Vos exortations me font mourir a l’envers,
    quand la phrase est coupée par les freins de l’action,
    celle que vous voudriez piquer de l’aiguillon
    n’est que le véhicule immobile du vers.

    En panne, cent fois je suis tombée,
    un de ces jours viendra l’ultieme,
    sur la route poussiéreuse je serai poussée,
    carcasse abandonnée dont descendent les poemes.




    LE CLAN

    J’explorais le cimetiere a la recherche des parents,
    dans les bouches des mendiants,
    comme dans les grottes, les saints...
    L’étérnité de l’esprit faisait frémir la terre,
    et dans les herbes montait le murmure du clan.

    Tous au complet, au-dessus!
    Notre clan sans fissure était nombreux et dru!
    Il n’y avait que deux ou trois qui dormaient a l’obit...
    Maintenant, au contraire:
    les plus nombreux sont au-dessous.

    -Pourquoi ne veux-tu pas venir
    faire la causette chez nous? On te dirait
    comment allons-nous, que fait-on pour s’en tirer...
    Les parents de sous le rosier me grondent:
    -Pourquoi ne viens-tu pas nous voir fleurir?




    LA SAINTE JOIE DE L’HIVER

    Il fait terriblement froid. Il fait sombre.
    Que je n’allume pas. Si j’allume, ce sera
    une explosion, il n’en restera que la fenetre,
    lingot flottant dans l’obscurité, un bloc d’or,
    comme les oiseaux avant leur création.
    L’air de la nuit en serait tout plein:
    des morceaux de lumiere pas encore ciselés.
    Ou sont les murs pour nous défendre?
    Que je n’allume pas, restons dans le noir.
    Que tout soit comme il faut. A quoi bon
    une lumiere? Si pour elle on touche a un cheveu
    d’une tete inconnue, je la refuse.
    Je ne prendrai plus
    de lumiere pour laquelle on mourut.
    Cette nuit, je n’essayerai rien contre l’obscurité.
    Je suis comme un enfant ou pareille a une pierre.
    Meme les oiseaux qui font leur nids dépassent
    le niveau zéro du monde. Ce ne sont
    que les pierres qui l’endurent
    et ne se révoltent pas contre la nuit et contre l’hiver.
    On n’entendra jamais une pierre criant.
    Je ne crierai pas, moi non plus. La chambre
    est un jardin noir dont les feuilles sont tombées.
    Les gens bleuis par le vent froid n’opposent aucune
    résistance. Ils tremblent s’en allant,
    main dans la main, a travers l’obscurité du jardin.
    Je ne craque pas l’allumette, car je dois voir
    d’un bout a l’autre la nuit, la regarder en face.
    Le bois des meubles s’est embué, il craque
    comme l’os. Une flamme vacillante dort
    au bout de l’allumette, douce et fraîche,
    comme la pomme dans son bourgeon.
    Je suis tentée de me faire bruler les doigts.
    Mais non: ce serait etre inférieure aux pierres.
    Si je cueillais la pomme du bout de l’allumette,
    une grande flambée en jaillirait
    en me flagellant de sa forte voix:
    „Qui t’a appris que tu étais nue?”
    Et je serais chassée du jardin noir.
    Ou? La ou personne n’appartient a personne,
    ou il n’y a ni enfant, ni parent. Qui ose blâmer
    la nuit en allumant lumieres et flammes?
    Le jardin noir s’éclaire tout seul
    en refletant la blancheur de la neige.
    Se recroqueviller, se pelotonner
    comme un enfant dans le ventre,
    les poignées pleines de vapeurs expirées,
    les genoux contre la poitrine.
    C’est a peine que je leve mes paupieres alourdies.
    Maintenant, sans artifices,
    ce ne sont que les pierres qui survivent.
    Si demain je me réveilles encore,
    je serai leur pareille.




    LES VIGNOBLES BRULÉS

    Aux pays des vignobles brulés,
    les levres sont noircies par le jus des raisins.
    Au pays des langues arrachées,
    tous ont quelque chanson
    a la gorge,
    ils chantent les feuilles reverdies,
    au pays ou il n’y a pas de forets.
    De ses mains dures,
    le public applaudit en délire.
    Le ciel ne dit rien,
    il neige, et c’est tout dire.




    ON S’ENDORT EN HOMME LIBRE

    On s’endort en homme libre, on se réveille captif;
    Endormi dans un moment de paix,
    On se réveille au milieu d’une armée,
    Et le rythme de la guerre est encore plus vif.

    On s’endort en espérant un meilleur lendemain
    Et on se réveille sans espoir;
    On s’endort caressé d’une amoureuse main,
    On est seul quand le jour coupe le pouls du soir.

    On s’endort jeune encore, on se réveille vieilli,
    Endormi en pleine forme, on se réveille cheveux gris;
    On s’est couché l’esprit franc, on se réveille gouverné...

    De tout ce que j’étais, qu’est-ce qu’il me reste a la fin?
    Il aurait mieux valu de ne plus les ouvrir,
    Et pourtant mes yeux s’ouvrent encore le matin.




    PARLER

    Meme si je connaissais la langue des anges,
    Je choisirais de ne rien dire, souvent,
    Et si je parle, c’est comme si je donnais
    Mal-a-propos naissance a un enfant.

    Le mot me semble expulsé dans l’air,
    Sans corps de chair et sans aucune dureté,
    Une brume visible parce que c’est l’hiver,
    Esprit que les courants ont déchiré.

    A peine sorti, sans avoir perdu
    Totalement la fievre de la bouche,
    Les alentours le prennent et le touchent,
    En font leur prisonnier fragile et nu.

    Je le couvrais si bien en moi... Comment
    Est-il possible qu’il soit dehors,
    Articulé sans etre assez fort?

    Et tout-a-coup je veux le rattraper,
    Pour le couvrir, en guise de cerveau,
    Dans la crépine pure d’un agnelet.




    SANG DÉNATTÉ

    Mon sang dénatté comme les Mille Nuits
    et toujours solitaire, bien qu’il soit plein,
    murmure pareil a une foule qui vient,
    c’est une légion en marche infinie.

    Le sang pluriel, comment dire „je dors”?
    En palpitant, il dit toujours „nous dormons”...
    Papillons qui volent vers une lampe allumée,
    a la conquete d’une mansarde, ils sont venus en corps,
    tels vers Jérusalem, autrefois, les Croisés.

    Maintenant, je reculerais, en levant le siege,
    me retirant vers les banlieues enfumées,
    pour etre encore loin, et non pas aussi pres,

    En me frayant chemin dans les convois de noces,
    je disparaîtrais quelque part, sans mourir,
    pour rever de nouveau les mansardes célestes...

    J’étais autrefois multitude précoce,
    combien seule maintenant, d’une telle foule, je reste!




    LE REGARD

    Tes yeux dans mes yeux, on ne meurt pas,
    meme si l’air adulte se moque de notre amour,
    dans ton regard, toute chose grandira,
    ce jour va joindre d’innombrables jours.

    Jalouses, ces façades me réduisent,
    tes yeux se font alors plus puissants,
    beaucoup plus forts que les murailles grises,
    et m’agrandissent en me glorifiant

    et ignorant statues et cariatides...
    Une étoile factice et haute paraît,
    on peut voir dans ton regard limpide,
    toujours intact et jeune, mon corps sauvé:

    une mouche d’antan et sans aucun mérite
    sauf celui d’etre encore visible,
    au fond de tes yeux, comme une cible,
    bien conservée dans l’ambre qui l’abrite.




    IRIS

    Toi, iris irritable,
    es-tu
    facile a gener,
    ou c’est toi qui genes?
    Humilié, tu nous accuses
    et c’est la faute de n’importe qui,
    de tout le monde de ces lieux!
    De bonnes gens, tout aussi bonnes
    que les regrets qui leur font mal,
    seront punies par les Furies,
    de t’avoir causé ce bleu!
    Mais si toi, l’iris,
    irrites et troubles,
    incorrigible grâce,
    nous sommes tous des innocents,
    tout se renverse,
    et tu seras
    le premier, le grand pécheur...
    N’espere pas que l’on t’oublie!
    Car tu seras toujours puni,
    la tete coupée,
    d’etre en fleur.